Rencontre avec Marion Brun, Formatrice et responsable de section BTS au Cirfap à Lyon, pour découvrir la richesse et la variété de ce métier. Elle forme et accompagne les apprentis depuis 16 ans, son implication et ses missions n’ont cessé d’évoluer depuis son arrivée.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours  ?

Je suis originaire de Lyon où j’ai passé un bac S. Déjà attirée par la chimie, notamment celle à destination pharmaceutique, j’ai intégré une prépa orientée chimie à Lille avant de poursuivre mes études à l’école d’ingénieur de chimie de Clermont Ferrand. J’ai finalement opté pour la chimie appliquée aux matériaux dont la diversité des applications m’a énormément plu. J’ai intégré le Cirfap peu après et je suis donc formatrice depuis 16 ans. J’interviens logiquement dans les matières scientifiques  : maths, chimie, laboratoire de plasturgie.

Souhaitiez-vous enseigner ?

A vrai dire, j’y suis venu totalement par hasard. En parallèle de ma recherche d’emploi, j’ai postulé pour un remplacement à mi-temps en maths auprès des bac pro plasturgie. Le contact avec les apprentis s’est extrêmement bien passé dès le début alors quand on m’a proposé un CDI, j’ai accepté sans hésitation.

Quelles sont vos missions  ?

Ma mission principale est la formation des apprentis en maths, chimie et laboratoire de plasturgie, ce qui englobe la préparation des cours, des supports, des activités ainsi que le face à face avec les différentes sections. Ensuite il y a tout le suivi individuel des apprentis  : chaque formateur est tuteur pédagogique d’une dizaine de jeunes qu’il suit plus particulièrement dans leur parcours au centre de formation et en entreprise. Plus ponctuellement, on participe à des actions de communication pour le recrutement de futurs apprentis.

Pourquoi avez-vous choisi d’être Responsable de section  ?

Oui, cette année, ils sont 31 en BTS 1ère année. Être responsable de section, c’est un accompagnement particulier des jeunes de leur entrée au Cirfap jusqu’à leur diplôme. On a une vision globale de leur formation, de leurs entreprises, de leurs difficultés, des examens. On essaye de mettre en place un cadre propice à leur progression. Et le côté organisationnel du rôle de responsable de section me plait.

Qu’est-ce qui vous plait le plus dans votre métier  ?

La diversité des interactions humaines  : on est en contact avec des jeunes, avec des personnes de terrain dans les entreprises, avec des personnels plus administratifs, avec d’autres formateurs qui fonctionnent différemment. La proximité particulière que l’on tisse avec certains jeunes est extrêmement enrichissante et les voir « grandir » et réussir est une grande satisfaction. J’aime également construire mes modules en réfléchissant quelles notions je veux transmettre et comment faire pour que ça passe au mieux.

Pourriez-vous citer une grande satisfaction de cette carrière au Cirfap  ?

Ma première participation à un jury d’examen où un cas litigieux était discuté pour l’obtention de son diplôme car les résultats à l’examen étaient justes. L’énoncé du livret scolaire m’a permis de reconnaitre l’apprentie et connaissant par ailleurs son parcours, son investissement et ses difficultés, j’ai pu argumenter en sa faveur. Elle a d’ailleurs obtenu le diplôme et poursuit son parcours professionnel en plasturgie encore aujourd’hui  !

Avez-vous connu des déceptions  ?

Oui, j’ai souvenir d’un apprenti qui avait des difficultés personnelles, financières et administratives, que l’on a soutenu pendant 2 ans et demi, même au-delà de notre rôle de formateurs, notamment en lui faisant des courses, en appelant certaines administrations, et qui a arrêté la formation à 4 mois du bac qu’il aurait certainement obtenu et qui lui aurait assuré un job, soit un bon point de départ pour surmonter ses difficultés.

Un souvenir amusant avec les apprentis  ?

Un cours de chimie un vendredi 23 décembre. C’étaient des apprentis BTS avec une grande cohésion de groupe et ils avaient bien fait la fête tous ensemble la veille au soir. Certains sont arrivés sans avoir dormi, d’autres déjà bien habillés pour les fêtes. Tout le monde taquinait tout le monde mais avec beaucoup de bienveillance. J’ai quand même fait le cours prévu mais il y a eu pas mal de fous rires et ce mélange hétéroclite de genres m’a énormément fait sourire.

Quelle est la plus grande difficulté à gérer avec les apprentis  ?

L’absentéisme parfois au centre et en entreprise, le manque d’honnêteté. Certains arrivent après des périodes chaotiques. D’autres ont des environnements compliqués. Ils ont besoin, quelques fois, de temps pour prendre leurs marques. Ils passent de la vie de lycéen à la vie de salarié. C’est un sacré changement, alors on les accompagne. C’est assez énergivore mais très souvent ça paye.

L’apprenti idéal, ce serait qui  ?

Je n’ai pas d’idéal d’apprenti en tête, j’aime leurs différences et la façon dont cela fait vivre les groupes différemment chaque année.

Les sciences et les maths en particulier, c’est rarement la matière préférée des apprentis, pourtant, ils vous apprécient tous énormément, comment expliquez-vous cela ?

Le fait de ne pas aimer ces matières est souvent lié à des difficultés antérieures, voir même des blocages. Je les fais travailler en petits groupes, je ne laisse jamais aucun apprenti de côté, je les sollicite tous régulièrement et les amène à réussir quelque chose sur lequel ils bloquaient parfois depuis des années (résoudre une équation, équilibrer une réaction) et avaient même abandonné. Le fait de réussir leur donne confiance et ils continuent d’essayer. Je pense qu’ils se rappellent ce changement de posture, de cette confiance et de ces encouragements. Ils se sentent enfin capables. Bon ça ne marche pas pour tout et pour tous les jeunes mais c’est déjà bien.

Vous n’étiez donc pas destinée à la pédagogie au départ, vous verriez-vous faire autre chose aujourd’hui  ?

Ce dosage de mon quotidien entre technicité et relations humaines contribue grandement à mon équilibre et au fait de me lever avec plaisir pour aller travailler.

Cette crise sanitaire a obligé la fermeture du CFA, comment en tant que formatrice et responsable de section, avez-vous géré cela  ?

Nous avons, avant tout, géré le fait de garder le lien avec les apprentis et les entreprises. Il a fallu être réactif sur la mise en place de formation distancielle pour assurer la continuité de l’apprentissage. Beaucoup de questions et d’inquiétudes ont émergé. Nous avons donc beaucoup communiqué, échangé avec les jeunes, leurs entreprises voire même leurs parents.

Quelles attitudes ont eu les apprentis  ?

Nous avons été très agréablement surpris de leur adhésion à la formation distancielle, je dirai même de leur « présence » par écran interposé. Tous ont répondu présents et se sont impliqués dans les activités proposées bien qu’étant souvent très différentes de ce qu’on aurait fait en présentiel. Dans certains cas, cela a même développé les interactions entre eux pour réaliser les activités demandées.

Les formateurs du Cirfap développaient depuis plus d’un an des modules de formations multimodales.Est-ce que cela a facilité les choses  ? Est-ce que cela a accéléré les développements  ?

Il est certain que d’avoir besoin de modules de formations multimodaux en raison du contexte a nécessairement accéléré leur développement. Pour certains formateurs nous avons dû nous confronter et surmonter nos appréhensions et nos difficultés dans la mise en place de formation distancielle. C’est un grand pas qui a été accompli.

On imagine que les maths, c’est une matière facile à gérer à distance, est-ce le cas  ?

Je le pensais aussi, en partie et c’est pourtant la matière où j’ai senti les apprentis le plus en difficulté à distance. L’accompagnement en présentiel leur manque, ils sont pour certains tellement peu sûrs d’eux qu’ils restent bloqués si je ne suis pas en ligne pour avancer avec eux.

Il semble y avoir une belle solidarité dans l’équipe pédagogique du Cirfap.Est-ce important pour vous cet esprit d’équipe et d’entraide  ?

Pour moi c’est une des forces du Cirfap. On communique beaucoup sur les cas difficiles comme sur les cas satisfaisants, sur nos pédagogies ou même des anecdotes de cours. D’ailleurs les apprentis prennent assez vite la mesure que l’équipe communique très bien entre elle  et c’est une belle image de cohésion pour eux ! C’est important cette communication informelle, ça évite de tout garder pour soi et ça aide à trouver des solutions si besoin.